La rivière et le petit olivier

Cet été, je nageais dans la rivière, du côté de la plage. Sur l’autre rive, c’était des roches verticales, brutes, somptueuses, des roches comme seule l’Ardèche en régale. L’eau était délicieuse, douce, accueillante.
J’ai traversé à la nage. On pouvait facilement se hisser sur le surplomb rocheux pour s’y asseoir et prendre un moment à soi, à observer tranquillement les gens sur l’autre rive, les enfants s’amuser dans l’eau et la nature veiller sur l’ensemble. Et là, un peu plus haut que moi, il y avait un creux, un tout petit creux comme une paume ouverte, avec un tout petit peu de terre dedans. Et au milieu du tout petit peu de terre, un tout petit olivier avait décidé de pousser.
Il se hissait fièrement, haut comme trois pommes, sur ce minuscule lopin de terre qu’il avait choisi pour berceau. Sa beauté, sa témérité, étaient éblouissantes. Pensait-il vraiment pouvoir vivre et grandir sur cette poignée de terre dans la roche ? Sa taille semblait déjà démesurée par rapport à la terre dont il disposait, pourtant il était déjà arrivé jusque-là. Donc, sans doute, il savait. Il avait dû germer en connaissance de cause, en sachant bien que les pluies, les alluvions, les vents, finiraient par lui apporter tout ce dont il avait besoin pour s’épanouir et prendre sa place dans la majesté du paysage.
En levant les yeux vers la falaise, j’en voyais d’autres, des oliviers sauvages, qui faisaient vingt fois, cinquante fois la taille de mon tout petit voisin, qui avaient poussé presque à l’horizontale, sur trois fois rien, et qui pourtant vivaient, poussaient, faisaient feuilles et fruits, et offraient tout cela à la rivière au fil des saisons. Les feuilles d’olivier aux reflets d’argent devenaient radeaux pour les libellules.
Il devait y avoir une mémoire des arbres, une mémoire ancestrale, inaccessible à nos consciences humaines, qui amenaient les arbres à savoir où était leur place, à profiter de ce qui leur était donné ici et maintenant, et à accomplir leur destinée avec ce qui leur avait été donné. En toute quiétude. Sans urgence aucune. Il y avait dans ce petit olivier autant de sagesse que dans tout un monde.

Isabelle
isabelle.steenebruggen@gmail.com

Auteure de “Si j’étais ton fils”, “Ton premier enfant”

À lire également

Bon voyage Edgar…

La magie des rencontres En presque 105 ans, et de par son caractère, Edgar Morin a rencontré et créé du lien avec de nombreuses personnes. J'ai eu la chance de faire partie de celles-ci, le temps d'une aventure éditoriale, sur un projet de Martine Lani-Bayle,...

Le jeu du miroir a bon dos.

« Si ce que je te dis te dérange, c’est que ça vient te poser des questions. C'est un miroir, alors remets toi en cause. » Cette façon de penser a ses limites. Elle est bien souvent une bonne façon de ne pas regarder sa propre responsabilité dans la relation. « J’ai...

Que les relations humaines sont difficiles…

Que les relations humaines sont difficiles, complexes, blessantes parfois. Je me suis confrontée trois fois depuis le début de l’année à des personnes qui ont suivi des formations sur la cnv, qui ont étudié la philo, le bouddhisme, qui ont suivi des stages pour mieux...

Garder le cap

Qu’il est difficile de garder le cap, quand la peur des autres vient ébranler la résonance profonde qui vous a fait acter un choix !

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0
    0
    Votre Panier